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Bonne lecture.

Ô temps, suspends ton vol…

 

Aujourd’hui, la séance est difficile : les élèves doivent essayer une nouvelle technique de dessin. Je ressens leur concentration et le silence est pesant. S’il y avait une mouche, on l’entendrait voler ! Les secondes durent un temps fou, les minutes une éternité... J’ai presque l’impression que la pendule digitale qui est au-dessus de la porte vient de s’arrêter. Mes muscles s’engourdissent progressivement et j’ai des fourmis dans les bras. J’essaye, tant bien que mal, de faire circuler mentalement le sang dans tout mon corps.

Soudain, un crayon tombe par terre en faisant un vacarme assourdissant qui déchire le silence, me sortant de ma torpeur grandissante. Les douleurs s’estompent progressivement et je suis à nouveau bien dans mon corps quand la fin de la pose arrive.

A la pause, je vais voir les dessins réalisés : mon corps riche en couleurs, couché sur le papier, est très beau. Merci aux artistes pour ces magnifiques images qui arrêtent le temps !

Mon costume de nu

 

Lorsque je pose,

j’enfile mon costume,

costume taillé sur mesure.

Haute-couture ?

 

Costume transparent et invisible,

mais riche en couleurs !

Costume gris, tiré à quatre épingles,

esquissé au porte-mine.

Costume d’un noir profond,

taché par le fusain.

Costume noir délavé,

détrempé au lavis d’encre de Chine.

Costume ancien décoloré en sépia,

dessiné avec des craies.

Costume tropical ou de brousse,

réchauffé à la craie ocre.

Costume de pluie uni,

mouillé par l’aquarelle.

Costume souple et léger,

cousu aux crayons de couleur.

Costume délicat et doux comme la flanelle,

poudré avec des pastels.

Costume quatre pièces en quadrichromie,

griffé au stylo à bille.

Costume en synthétique,

teinté avec les trois couleurs primaires de l’acrylique.

Costume avec un imprimé impressionniste,

coloré à la gouache.

Costume chaud l’hiver et froid l’été,

graissé à la peinture à l’huile.

Costume de fête flamboyant,

découpé au couteau, brosse et pinceau.

Costume à paillettes,

éclairé et toujours dans la lumière.

 

Artistes, taillez-moi un nouveau costume,

couleur chair ou multicolore,

mais toujours haut en couleurs…

Face au mur

 

Pour mon premier cours de dessin anatomique, les élèves devaient travailler sur les membres inférieurs – des muscles fessiers aux pieds. Je tournais donc le dos aux chevalets alignés en rang d’oignons, le nez face au mur de la salle.

Mes pensées vagabondaient vers ce mur blanc immaculé. Blanc pur, blanc propre, blanc vierge, comme une nuit sans sommeil, une page sans texte ou une toile sans peinture. Comme la plupart des murs, quand on n’ose pas mettre de la couleur…

Mais de quelle couleur est mon mur blanc ? Il est le mélange de la lumière de toutes les couleurs ! Mon mur blanc est l’addition des trois couleurs primaires. Et mon regard plonge dans le blanc du mur à la recherche du rouge, du vert et du bleu…

Ce genre de réflexion fait partie des nombreuses pensées qui habitent mon esprit quand je pose. De préférence des « questions existentielles », qui n’ont pas de réponse… Qui servent à ne pas voir le temps qui passe inexorablement.

Laquelle de mes 2 fesses ressemble le plus à l’autre ?

 

Comme je n’ai pas pour habitude de me tortiller devant le miroir de ma salle de bain pour mater mon derrière, je ne connais pas vraiment la « tête » de mes fesses…

La première fois que j’ai vu un dessin de moi de dos, j’ai trouvé que j’avais une très belle paire de fesses : bien rondes et fermes. J’en serais presque tombé amoureux si elles avaient appartenu à une personne d’un autre sexe ! Sur le dessin du chevalet juste à côté, j’avais aussi une superbe paire de fesses ; mais elles étaient très différentes : petites et musclées ! Dans un cas, un derrière de femme, et dans l’autre celui d’un homme ?

Qu’ils soient en noir et blanc ou en couleurs, au crayon, à la plume ou au pinceau, j’admire toujours les dessins de mes fesses. Mais je ne sais toujours pas à quoi mon derrière ressemble réellement ! Donc continuez à me croquer de dos, pour multiplier les motifs de mes magnifiques miches…

Merci les Artistes

 

Souvent j’entends dire

Que les artistes m’admirent

Pendant qu’ils dessinent encore et encore

Je reste immobile dans mon corps

Si l’artiste n’est pas derrière son papier Raisin

J’observe la construction du dessin

Je suis loin d’être un Rambo

Mais on dit que j’ai un corps beau

Même si je suis assez frêle

Ça passe bien à l’aquarelle

Mince avec une belle musculature

On peut faire de jolies peintures

Moi j’aime les dessins magnifiques

Que vous faites avec mon physique

Je remercie les artistes confirmés ou débutants

Pour leurs dessins toujours très émouvants.

Sommes-nous tous égaux face au regard des artistes ?

 

Quand je passe donner mon cv de Modèle vivant à une école d’art ou un atelier privé, on me répond souvent : « on travaille surtout avec des modèles « femme », très peu avec des hommes » !

J’aurais compris ce discours au siècle dernier, au début des années 60 par exemple, quand ma maman était élève aux Beaux Arts de Lyon. Les cours n’étaient pas mixtes : toutes les élèves, comme les modèles, étaient des femmes. J’imagine qu’il y avait aussi des cours de dessin pour les hommes, sans femme, à cette époque lointaine !

Mais aujourd’hui, il y a toujours des élèves des deux sexes dans tous les cours où j’ai posé ! Comme il y a autant d’hommes que de femmes, ou presque, sur notre planète…

On me dit qu’il est plus facile de dessiner une femme. Un corps plus « lisse », avec plus d’arrondis et moins d’aspérités plus ou moins saillantes, que le corps d’un homme ?

Ami(e)s artistes, cette solution n’est elle pas un refus d’affronter une épreuve ? Est-il plus difficile (ou pas) de dessiner une personne de l’autre sexe ? Ou bien une peur de l’autre ?

Je rêve aussi de poser, en duo, avec un modèle femme – si possible du même gabarit que moi. Car je suis convaincu que la juxtaposition des deux corps – féminin + masculin – pourrait faire de très beaux dessins avec deux personnages sur la même planche !

Statues allégoriques de la Saône et du Rhône

 

De part et d’autre du socle de la statue équestre de Louis XIV – Place Bellecour à Lyon – on peut voir deux bronzes des frères COUSTOU. D’un côté, une belle femme aux formes pleines mais adoucies, qui paraît tranquille et paisible. De l’autre, un géant barbu, Neptune fluvial aux muscles saillants, qui paraît fougueux et nerveux.

Ces deux statues (reproduites sur les piles aval du pont Lafayette) sont des allégories des deux cours d’eau qui traversent Lyon. Le bronze de la Femme représente la Saône, rivière puissante qui prend sa source dans les Vosges. Elle est souvent en crue en hiver à cause des pluies, mais elle s’écoule lentement sans se presser. Le bronze de l’Homme représente le Rhône, fleuve qui naît de la fonte d’un glacier dans le massif du mont Saint Gothard en Suisse. Pendant la fonte des neiges en montagne, son débit peut augmenter rapidement, et provoquer des crues violentes et imprévisibles.

Ces deux sculptures magnifiques, d’une Femme et d’un Homme, montrent que l’on peut faire de belles œuvres d’art quel que soit le sexe du modèle…

Quand je regarde l’Artiste qui me regarde…

 

Je suis heureux quand l’Artiste sourit, je baille quand l’Artiste s’endort sur son tabouret, je suis grave quand l’Artiste est concentré sur mes mesures…

Je suis glacé, figé par le regard d’une très belle Artiste ou transpercé comme sous des rayons X par les yeux bleus acier d’un Artiste !

J’ai froid d’un côté – le radiateur vient encore de disjoncter – alors que les Artistes transpirent !

J’ai des fourmis dans les muscles quand l’Artiste ne tient pas en place, piétine derrière son chevalet ou fait des étirements alors que j’essaye de rester immobile, de marbre et en silence…

J’ai parfois la sensation d’être découpé en rondelles, scalpé, disséqué… pendant les cours d’anatomie appliquée, quand l’Artiste me scrute dans tous les sens. Mais plus de peur que de mal !

J’hallucine quand le jeune Artiste me mesure avec son aiguille à tricoter, dans toutes les directions : verticales, horizontales et profondeurs !!!

Je salive, en fin de matinée, quand l’Artiste grignote : une barre chocolatée, un biscuit et une gorgée de thé. J’imagine que toute la salle entend mon estomac qui gargouille…

 

C’est la fin de la pose – la pause – j’ai faim, et soif de voir vos beaux dessins !

(comme sur le montage ci-dessus de plusieurs dessins des élèves d’ECohlCité)

SculPTURES de mon corps beau

 

J'adore quand les artistes me sculptent un corps beau (chef d'œuvre, de gauche à droite, de Julie AMATO, Dan LAMY, Margot MEGIER, Oscar ALBERT-TISSERANT et Simon JOLY, tous élèves en première année seulement chez ECohlCité).

J’adore voir mon corps naître et grandir progressivement en trois dimensions, à partir de rien ou presque, juste un tas d’argile… J’ai un peu l’impression de me faire masser – par des paluches pas toujours très délicates !

Même si parfois les « marques » du quadrillage (repères des proportions du corps humain) font ressembler mon corps à un porc (ficelé en rôti) !

Ma ou mon 100ème ami(e) ne gagne rien, en dehors de ma reconnaissance éternelle (ou presque) et d’un bisou (virtuel) ! 100 ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà beaucoup…

Comme je n’ai plus d’activité professionnelle principale (ex-consultant en environnement), j’essaye de développer mon réseau « artistique » (via Fb, Instagram, Linkedin et le bouche à oreille…). Sans jeu de mots laid, mon corps beau paye mieux que mon cerveau lent !

N’hésitez pas à me contacter si vous avez des propositions de pose comme modèle vivant, ou encore modèle photo, un boulot de mannequin, de la figuration ou un petit rôle dans un film, court-métrage, vidéo (Mannequin Challenge par exemple)… voire cuisinier dans votre Atelier !

                                                      Merci à tou(te)s…

Je prends mon pied...

 

Je dessine comme un pied, et je suis gauche des deux mains quand je peins (la main gauche est celle qui a le pouce à droite).

Mais j’adore les dessins que les Artistes font avec mon corps : ils sont toujours beaux et riches en émotions…

 

Et sans faire des pieds et des mains, je suis très heureux quand les Artistes me donnent leurs superbes dessins !

639

 

On me dit souvent que je suis un bon modèle, car je tiens bien la pause, sans bouger…

Mais ce n’est pas vrai : dans mon corps immobile, je bouge sans arrêt !

De manière imperceptible, je bascule d’un point d’appui à un autre – fesse, pied, main, autre main, fesse, … - pour soulager mes muscles ankylosés, et tenter de faire circuler le sang dans mes vaisseaux. Mon estomac gargouille car mes muscles lisses travaillent. J’attends la pause avec impatience pour remettre en mouvement mes 639 muscles endormis. Je suis vivant !

(Merci à Christophe, Florianne, Lucas, Margot et Nelly pour les illustrations)

Lisez mon interview dans l'Obs du 15 janvier 2018...

 

Version PDF ici :

Chris. H

- MODELE VIVANT -

LYON

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Un corps beau, avec un esprit sain.